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Aux États-Unis, une nouvelle règle coupera en 2027 les prêts étudiants fédéraux aux filières jugées pas assez rentables : art, travail social, musique, enseignement.
Le principe : ce qui ne rapporte pas d'argent ne mérite plus qu'on l'apprenne.
🗃️ Les faits
Le ministère de l'Éducation a finalisé ce mois-ci une règle qui entrera en vigueur en 2027. Son principe tient en une question : quatre ans après l'obtention de votre diplôme, gagnez-vous plus qu'une personne qui n'aurait pas fait ces études ? Si la réponse est non, le programme que vous avez suivi perd l'accès aux prêts fédéraux et aux bourses.
Les filières les plus exposées sont connues d'avance : le travail social, l'art, la musique, les études religieuses, les métiers d'assistant d'enseignement. Autrement dit, les métiers du soin, du lien et de la transmission, ceux qu'une société rémunère mal, non parce qu'ils valent peu, mais parce qu'ils relèvent du commun plutôt que du profit.
Soyons justes, car l'argument n'est pas sans fondement. La dette étudiante américaine est une plaie, et certaines universities privées à but lucratif endettent des jeunes pour des formations sans débouché. À cet égard, la règle vise une réalité prédatrice et personne n'est interdit d'étudier ce qu'il veut : ce sont les prêts publics qui sont coupés, pas les portes des amphithéâtres.
➡️ Mais pour une famille modeste, un diplôme qu'on ne peut plus financer est un diplôme interdit. Et c'est là que cette nouvelle règle devient cruelle pour l'ensemble des jeunes qui voudraient s'investir dans ces filières.
La règle introduit implicitement l'idée que la valeur d'un savoir se mesure à l'argent qu'il rapporte. Un métier mal payé devient un métier indigne d'être appris. On dit au jeune qui veut étudier "ce que tu veux faire ne paie pas. Trouve autre chose". Le marché, et lui seul, décide désormais de ce qui mérite d'être transmis.
Quand on y réfléchit, c'est d'un cynisme et d'une cruauté écrasantes. C'est la puissance publique qui sous-paie l'aide-soignante, le travailleur social, l'assistant d'éducation. C'est elle qui fixe ces salaires au ras du sol. Et c'est elle, ensuite, qui invoque ces bas salaires pour fermer l'accès aux formations qui y mènent. On dévalorise un métier, puis on punit ceux qui veulent l'exercer, au nom même de la dévalorisation qu'on a organisée. La cause devient l'alibi.
Un pays qui coupe les vivres à ceux qui veulent soigner, enseigner, créer, accompagner, parie que sa richesse se résume à ce qui se compte. Mais aucune communauté ne tient debout sur le seul rendement. Elle tient sur ceux qui font des métiers mal payés parce qu'ils sont irremplaçables. On ne remplace pas un travailleur social par une ligne d'un bilan comptable.
Quand une nation ne finance plus que ce qui rapporte, qui formera ceux dont elle ne peut se passer ?