Quotidien Shaarli
November 10, 2021
" En tempêtant avec inconséquence « nous sommes en guerre », les plus hautes autorités de l’État ont permis à une extrême droite française, ivre de revanche, de s’engouffrer dans la brèche. La haine est là et le scrutin l’attend. "
"e cinéma français renseigne sur la montée des périls dans les années qui précédèrent le second conflit mondial. En 1937, dans Drôle de drame de Marcel Carné, Jacques Prévert fait répéter à Michel Simon : « À force d’écrire des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver. » En 1938, dans Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque, le même Jacques Prévert fait déclamer à un personnage épisodique : « Cette fois-ci, messieurs, c’est la guerre ! »"
"Dire « nous sommes en guerre », c’est lancer un appel d’air au pire, qui répond toujours… Présent. Le système (capitaliste) avait jusqu’alors fait montre d’une ruse et d’une retenue lexicales retorses à souhait. Tout était euphémisé : on ne disait plus cotisations sociales mais charges patronales, licenciements mais plans sociaux, cadres du privé mais société civile, démantèlement du droit du travail mais flexibilité, loi du plus fort mais compétitivité, lutte des classes mais dialogue social, infantilisation de la canaille mais pédagogie. Avec toujours cette antienne imparable prononcée la main sur le cœur : « Moi, je ne suis pas dans l’idéologie. »"
"Transformer les inégalités sociales en guerre identitaire"
"Faire semblant de craindre la guerre civile tout en l’allumant. Tout le monde s’y met, ici et maintenant. "
"La guerre doit avoir une fin. Celle intervenue en 1944-1945 nous convient. Inutile d’y revenir "
" Le patron de l’imprimerie avait relancé à plusieurs reprises le siège du parti par courrier, téléphone et mail, en rappelant qu’il est à la tête d’une « petite structure », placée en « grande difficulté » par le refus de payer du parti présidentiel, qu’il croyait être un « parti sérieux qui honorait les factures émises par ses prestataires ».
La situation a ceci de paradoxal que LREM a fait voter en 2018, dans la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), une disposition offrant la possibilité à l’administration de publier dans la presse le nom des entreprises qui ne paient pas leurs factures. "
" Auditionnée par le Parlement européen, l’ex-employée de Mark Zuckerberg, devenue lanceuse d’alerte, a plaidé pour l’adoption d’une législation « forte » pour imposer au réseau social d’ouvrir ses données aux chercheurs et à la société civile. "
"La lanceuse d’alerte de Facebook, Frances Haugen, a dessiné, lundi 8 novembre devant les députés européens, les pistes d’une régulation du réseau social qu’elle a une nouvelle fois accusé de « menacer l’intégrité de notre démocratie » et de « blesser nos enfants »."
"Une série d’articles, basés sur les documents fournis par la lanceuse d’alerte, avait détaillé comment l’algorithme du réseau social favorisait, en connaissance de cause, la propagation des contenus les plus clivants, ses manquements en matière de modération dans certains pays en voie de développement, ou encore comment la société cherchait à attirer sur Instagram, dont elle est propriétaire, des adolescents alors que plusieurs études internes attestaient de ses effets délétères sur leur santé mentale."
"Le réseau social « connaît beaucoup de moyens de changer le système, a poursuivi l’ancienne employée de Mark Zuckerberg, mais il choisit de ne pas le faire car il croîtrait moins, vous consommeriez moins de contenus, vous consommeriez moins de publicités ou feriez moins d’argent »."
"Cependant, a également plaidé la lanceuse d’alerte, la solution ne peut pas résider dans un renforcement de la modération humaine. Avec « 3,1 milliards d’utilisateurs », « ce n’est même pas possible », a-t-elle pointé. Frances Haugen s’est également dit « extrêmement sceptique » quant aux dispositifs de modération automatisés reposant sur des algorithmes pour détecter et retirer les contenus problématiques. Selon elle, ces dispositifs techniques conduisent en effet trop souvent à une modération excessive et à une censure injustifiée. Les intelligences artificielles « ne sont en réalité pas intelligentes », a-t-elle expliqué."
"Cet accès aux données de Facebook pourrait se faire selon le système du « firehose », tuyau d’arrosage en français, déjà utilisé par certaines plateformes telles que Twitter. Celui-ci consiste en une application permettant à certains acteurs d’analyser les données techniques d’une partie du trafic d’une plateforme, 10 % dans le cas de Twitter selon Frances Haugen, afin de pouvoir l’étudier.
Ouvrir les données de Facebook à des chercheurs, mais également à la société civile, et ainsi « construire un écosystème » de l’accès aux données, permettrait de repérer les biais dans l’algorithme, les campagnes de désinformation ou les défauts dans les modérations,"
"La lanceuse d’alerte a également fait d’autres préconisations comme favoriser l’émergence de « plateformes plus petites », de « réseaux sociaux à taille humaine », plus centrés sur « les amis et la famille ». Selon elle, sur Facebook, les groupes importants seraient « le gros problème »."
"Les publicités, elles, devraient être « beaucoup moins ciblées » pour se rapprocher de celles de « la télévision ». Et pour limiter la propagation des contenus haineux, qui ont tendance à être les plus partagés, Frances Haugen a évoqué des dispositifs obligeant par exemple l’internaute à « cliquer sur un lien avant de partager » afin d’imposer un temps de réflexion et limiter les diffusions automatiques"
"
Il n’y a pas d’un côté les bonnes énergies vertes et de l’autre les méchantes machines carbonées, mais un questionnement essentiel, puisque la quête continue de l’abondance n’est plus possible : comment habiter notre planète sans creuser la tombe de celles et ceux qui y vivent ?
"
" Mais l’historien Jean-Baptiste Fressoz a mis en garde contre le « leurre dangereux, sans référent historique », de ce concept, « inventé en 1975 pour conjurer le thème de la crise énergétique ». Selon lui, « dire “transition” plutôt que “crise” rendait le futur beaucoup moins anxiogène en l’arrimant à une rationalité planificatrice et gestionnaire ». "
" L’ambiguïté de ce mot est pointée par deux autres auteurs, Gérard Dubey et Alain Gras, dans leur livre La Servitude électrique. Il est « chargé d’une idéologie continuiste », écrivent-ils, c’est-à-dire de l’idée que tout peut continuer comme avant, à condition de changer quelques équipements industriels périphériques. En réalité, « l’histoire industrielle, qui se déroule sur 200 ans, n’a jamais vu une énergie remplacer une autre ». Elles ne font que s’ajouter les unes aux autres. Tout est en place pour que les sociétés humaines se retrouvent à utiliser en même temps du charbon, du pétrole, du gaz, du nucléaire, de l’éolien, du solaire, de la géothermie, de l’hydrogène et de la biomasse, et accélèrent ainsi l’épuisement des milieux de vie, humaine et non humaine, sur cette pauvre planète creusée, forée et polluée de toutes parts. "
"Alors, si la « transition » n’est pas le bon substantif pour désigner les voies à ouvrir pour arrêter de détruire le monde, quel est-il ? Différentes propositions sont sur la table, habitées par des cosmologies et des visions politiques différentes : rupture (voir par exemple le livre Écologie sans transition , publié par les éditions Divergences), destitution, transgression, décroissance, atterrissage (Bruno Latour, Où atterrir ?)"
"Une idée simple serait d’oser se saisir du mot « révolution » dans son sens géométrique : pour retourner la question énergétique par rapport à son sens dominant. En clair, commencer par interroger la demande énergétique et voir comment la réduire au maximum, pour ensuite chercher comment répondre à la part incompressible de nos besoins. Soit l’inverse des présupposés idéologiques qui sous-tendent le « tournant nucléaire » du discours public en France sur la transition énergétique. La sobriété maximale et la production minimale d’énergie sont les indispensables conditions au maintien de la possibilité d’une vie décente pour tou·te·s, et pas seulement l’élite hors sol des pays riches. "
" C’est donc tout sauf uniquement une question de technologie. La catastrophe écologique en cours doit ouvrir un questionnement fondamental : quels besoins, quelle juste répartition des ressources en situation de pénurie, qui pour en décider ? "