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"America’s new oligarchy" (lien direct en bas d'article)
On aurait pu s'attendre à ce qu'un tel article paraisse dans Libé, Mediapart, Libération... mais certainement pas dans le FT, tant son ton dénonce brutalement le capitalisme américain comtemporain, allant jusqu'à avancer que "contrairement aux barons voleurs du passé, qui étaient souvent charitables et donnaient généreusement aux institutions publiques, les milliardaires de la tech actuels affichent une indifférence totale envers toute forme de contrat social et envers la nécessité de « compenser les personnes pour les perturbations qu'ils ont apportées dans leur vie". Et il est exact, Carnegie, Rockefeller, Pierpont Morgan... étaient célébrés pour leur philanthropie. En témoignent les nombreuses universités, hôpitaux bibliothèques au travers de tout le pays. Leurs équivalents de la technologie non seulement n'ont pas réellement pratiqué la philanthropie (à part de notables exceptions comme l'ex-femme de Jeff Bezos, Bill Gates ou encore Mark Benioff), mais ils ont cherché autant que possible à limiter les dépenses sociales de l'Etat. En favorisant la fin de "l'Obamacare" (ACA) ou en créant le DoGE, l'agence dirigée un temps par Musk et chargé de démanteler l'administration sociale et d'Etat autant que possible, ils ont clairement affirmé leur souhait d'un capitalisme exclusif et par ailleurs oligarchique.
La dénonciation d'ailleurs ne vise pas que le mandat de Trump. Elle vise une lente dérive qui a vu les 0,0002% des américains posséder de 3% de la richesse du pays, il y a quarante ans, à plus de 20% aujourd'hui. Parmi les éléments clés se trouvent les superPAC : la possibilité de donner sans limite pour une cause politique. SuperPacs qui seront autorisées par la cour suprême dès 2010, permettant ainsi aux 100 milliardaires les plus riches de sponsoriser à hauteur de 2,4Mds de dollars les candidats à l'élection de 2024. l'influence de ces acteurs - dont les plus emblématiques viennent désormais du monde de la technologie et de l'IA. Le cabinet de Trump lui même est essentiellement composé de milliardaires, ce qu'il revendique comme une vertu, mais que les chercheurs, d'UCLA et d'ailleurs, dénoncent comme une source de corruption majeure.
On peut, comme c'est parfois fait, me faire observer que "je me gauchise". La réalité est que c'est plutôt le contexte qui a changé. Une newsletter que je reçois (celle de Guy Hervet "une semaine aux Etats-Unis" NDRL) observe que cette "économie américaine est structurée par une concentration de marché extrêmement forte, secteur après secteur. L’indicateur le plus utilisé par les économistes industriels, le CR4 - la part de marché cumulée des quatre plus grandes entreprises d’un secteur - dessine un paysage saisissant : dans la recherche en ligne, les réseaux sociaux, les systèmes d’exploitation, les paiements électroniques, les télécommunications ou les processeurs pour l’intelligence artificielle, on est dans le quasi-monopole pur : plus de 90 % du marché tenu par quatre acteurs, adossés à des effets de réseau et des rachats de startups et de concurrents à tour de bras, qui verrouillent durablement la position des leaders." Il me semble que c'est tout le contraire du capitalisme réel, qui limite les trusts et les abus de pouvoirs. Nous sommes face à une ploutocratie dans sa forme aboutie et c'est particulièrement inquiétant alors que se profile d'importantes créations de richesse avec l'IA. Le risque étant évidemment que cette valeur aille de façon disproportionnée vers le capital concentrée plutôt que le capital déconcentré et le travailleur.
https://www.ft.com/content/2472ef5a-798d-4e7b-b4be-020855cf387e?syn-25a6b1a6=1
Le géant américain du numérique a été reconnu coupable de pratiques anticoncurrentielles concernant son moteur de recherche, notamment via des contrats l’imposant comme logiciel par défaut sur des appareils, selon une décision rendue lundi par un juge de Washington.
Selon les documents que l’AFP a pu consulter, le juge a estimé que, « après avoir étudié attentivement les témoignages et les preuves, la cour est arrivée à cette conclusion: Google est un monopole et il a agi de manière à maintenir ce monopole ».
Et
Selon le site Statcounter, le moteur de recherche de Google représente début juillet plus de 90% du marché mondial, et même plus de 95% des recherches réalisées sur smartphone.
" En quelques décennies, une toute petite poignée d’acteurs a pris le contrôle du commerce mondial agricole, des terres à la finance. C’est le constat dressé par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement "
" C’est un oligopole dont on ne sait presque rien, parfois même pas son nom. Une poignée d’acteurs inconnus du grand public dominent le commerce mondial agroalimentaire. "
" À eux seuls, les quatre premiers – [...] – contrôlent quelque 70 % du marché agricole mondial "
" L’envolée des prix alimentaires partout dans le monde, nourrissant une inflation planétaire mais aussi des pénuries et des risques aggravés de crise alimentaire [...] a amené l’institution internationale à se pencher longuement [...] sur le rôle exercé par ces géants de l’agrobusiness dans cette période. Il paraît écrasant. "
" En 2022, Cargill, Archer Daniels Midland, Bunge et Louis Dreyfus ont réalisé un bénéfice cumulé de plus de 17 milliards de dollars, soit près du triple de leurs résultats de 2020. "
« Les bénéfices totaux des neuf grandes sociétés d’engrais au cours des cinq dernières années sont passés d’une moyenne d’environ 14 milliards de dollars avant la pandémie, [...] au chiffre incroyable de 49 milliards de dollars en 2022 »
" Sur les quatorze groupes repérés comme les plus importants par la Cnuced, « huit seulement sont cotés en bourse et publient leurs comptes », souligne le rapport. Tous les autres prospèrent à l’abri des regards. Jouant des frontières et des gouvernements, tous cultivent l’opacité, utilisent les failles et les porosités du système pour évoluer dans une totale impunité. "
" Souvent partis du négoce, ils n’ont cessé d’étendre leur emprise, prenant le contrôle d’usines de transformation, de capacités de stockage, de compagnies de transport. Puis ils ont mis la main sur les semences et les engrais, avant de devenir de gigantesques propriétaires fonciers. Ils contrôlent désormais des centaines de milliers d’hectares en Ukraine, au Brésil, en Argentine, en Australie, au Canada. "
" Ils sont en position de dicter leurs conditions aux producteurs locaux et aux gouvernements, d’influencer les modes d’alimentation de toute la planète. Demain, ils n’hésiteront pas à mettre en danger les approvisionnements mondiaux, beaucoup étant prêts à troquer la production alimentaire pour celle d’agrocarburants, estimée beaucoup plus rémunératrice "
" un autre changement majeur est intervenu au cours des quinze dernières années, qui n’a pas été suffisamment analysé, selon le rapport : ces géants de l’agrobusiness ont non seulement changé de dimension, mais aussi de nature. Ils sont devenus des acteurs financiers à part entière – le manque de régulation sur les marchés des matières premières leur permettant d’exercer un pouvoir déterminant sur les cours et dans la formation des prix. "
" Les activités des grands groupes de négoce démontrent désormais que ces deux sphères sont devenues intrinsèquement liées, les opérations financières venant en soutien – en vue souvent de maximiser les profits – des échanges agricoles. « Le profit n’est pas limité à un secteur spécifique mais est spécifique à des firmes particulières. Il est possible que des profits excessifs puissent être liés à une concentration, qui ne bénéficie seulement qu’à quelques acteurs mondiaux du secteur » "
L'arnaque de l'ouverture à la concurrence, censé avantager le consommateur/usagé, brillamment expliqué en 15 minutes